Cours première

Cours socialisation

lundi 14 avril 2008


Suite de la fiche Opae

Plan du cours

I. A la recherche d’une définition de la socialisation

II. Des processus de socialisation variables

A. Dans le temps B. Dans l’espace C. Selon le groupe social

III. Les instances de socialisation

A. La famille et l’école B. Les autres instances de socialisation C. Les résultats de la socialisation : l’exemple de la reproduction sociale

Document 1 : Qu’est-ce que la socialisation ? La socialisation désigne les processus par lesquels les individus s’approprient les normes, valeurs et rôles qui régissent le fonctionnement de la vie en société. Elle a deux fonctions essentielles : favoriser l’adaptation de chaque individu à la vie sociale et maintenir un certain degré de cohésion entre les membres de la société.

J. Etienne et alii, Dictionnaire de sociologie, Hatier, 1995.

1. Quelle définition de socialisation pouvons-nous retenir de cet exemple ? 2. A partir de votre expérience personnelle, proposez des exemples de socialisation 3. Quelles sont les deux fonctions principales de la socialisation ?

Document 2 : Apprendre à parler, apprendre la société Le langage est un fait dont le caractère social apparaît clairement : l’enfant apprend, par l’usage et par l’étude, une langue dont le vocabulaire et la syntaxe sont vieux de bien des siècles, dont les origines sont inconnues qu’il reçoit par conséquent toute faite et qu’il est tenu de recevoir et d’employer ainsi, sans variations considérables. En vain [l’enfant] essayerait-il de se créer une langue originale : non seulement il ne pourrait aboutir qu’à imiter maladroitement quelque autre idiome existant, mais encore une telle langue ne saurait lui servir à exprimer sa pensée ; elle le condamnerait à l’isolement et à une sorte de mort intellectuelle. Le seul fait de déroger aux règles et aux usages traditionnels se heurte le plus généralement à de très vives résistances de l’opinion. Car une langue n’est pas seulement un système de mots ; elle a un génie particulier, elle implique une certaine manière de percevoir, d’analyser et de coordonner. Par conséquent, par la langue, ce sont les formes principales de notre pensée que la collectivité nous impose. Marcel Mauss, Oeuvres Complètes, Editions de Minuit, T3, 1969

1. Comment l’enfant apprend-t-il le langage de sa société ? 2. En quoi le fait d’apprendre à parler constitue-t-il un apprentissage de la société ? 3. Pourquoi dit-on qu’il est « naturel » à un Français de parler français ou à un Anglais de parler anglais ? 4. Proposez d’autres exemples de comportements, de valeurs ou de normes qui vous semblent « naturels ». Ces comportements, normes ou valeurs ont-elles été apprises ou sont-ils véritablement « naturels » ?

Document 3 : Sur la façon de se moucher au Moyen-Äge Dans la société médiévale, on se mouchait en général dans la main de même qu’on mangeait avec les mains. Ce fait postulait des prescriptions particulières sur la manière de se moucher à table. La politesse, la « courtoisie », exigeait qu’on se mouchât de la main gauche quand on prenait la viande avec la main droite. Mais c’était là un précepte qui se limitait strictement aux repas. Sa raison d’être était les égards qu’on devait aux autres. Le sentiment de malaise qui s’empare aujourd’hui de nous à la seule pensée de se salir les doigts de cette façon faisait totalement défaut à cette époque.

Norbert Elias, La civilisation des moeurs, Agora Pocket, 1939

1) Comment se mouchait-on au Moyen-Age ? 2) Quel geste devait-on faire à table si l’on était « poli » ? 3) Commentez la dernière phrase du document. Que peut-on en conclure sur la socialisation à différentes époques ?

Document 4 : Etre enfant chez les Marquisiens* [Chez les Marquisiens, à partir de 8 ans], les enfants peuvent rester loin de chez eux pendant deux ou trois jours, vivant de la pêche […], dansant et chantant et se livrant à tous les jeux sexuels à l’imitation de leurs parents**[…]. « Les filles étaient instruites des questions sexuelles depuis leur plus tendre enfance et on leur avait appris à balancer les hanches et à prendre des attitudes profondément empreintes de sexualité. La technique érotique était développée à l’extrême, les deux sexes s’enorgueillissaient avec la même sincérité de leurs prouesses en ce domaine qu’ils discutaient sans pudeur. On considérait comme allant de soi que toute rencontre entre jeunes de sexes différents dût, sauf dans le cas d’enfants d’une même famille, se terminer par un acte sexuel. Les filles commençaient leurs danses entièrement vêtues mais les terminaient complètement nues avec les résultats qu’on peut en attendre. » (Récit de l’anthropologue Ralf Linton, in A. Kardiner, The individual and his society, 1939).

Claude Dubar, La socialisation, Coll. U, Armand Colin, 2002 * Peuple polynésien vivant dans une île du Pacifique central ** Il y a 2 fois plus d’hommes que de femmes chez les Marquisiens, ce qui a pour conséquence une organisation du foyer particulière : une femme, un mari principal et des maris secondaires, chacun ayant des droits sexuels sur les autres, l’arrangement constituant une sorte de mariage de groupe…

1) Faites un tableau résumant les différences entre l’éducation des enfants telle qu’elle est pratiquée chez les Marquisiens et dans nos sociétés occidentales. 2) D’où provient la liberté sexuelle des enfants ? 3) Que peut-on en conclure concernant la socialisation des enfants chez les Marquisiens et dans nos sociétés contemporaines ?

Document 5 : Autant de milieux, autant d’éducations […] En un sens, on peut dire qu’il y a autant de sortes d’éducation qu’il y a de milieux différents dans une société. […] Au Moyen-Age, quel écart entre la culture que recevait le jeune page instruit dans tous les arts de la chevalerie et celle du vilain qui s’en allait apprendre à l’école de sa paroisse quelques maigres éléments de comput*, de chant et de grammaire ! Aujourd’hui encore, ne voyons-nous pas l’éducation varier avec les classes sociales, ou même avec les habitats ? Celle de la ville n’est pas celle de la campagne, celle du bourgeois n’est pas celle de l’ouvrier. [Pourtant, ces éducations] ne se suffisent pas à elles-mêmes. […] Elles reposent sur une base commune. Il n’y a pas de peuple où il n’existe un certain nombre d’idées, de sentiments et de pratiques que l’éducation doit inculquer à tous les enfants indistinctement, à quelque catégorie sociale qu’ils appartiennent. Au cours de notre histoire, il s’est constitué tout un ensemble d’idées sur la nature humaine, sur l’importance respective de nos différentes facultés, sur le droit et le devoir, sur la société, sur l’individu, sur le progrès, sur la science, sur l’art, etc. qui sont à la base même de notre esprit national.

Emile Durkheim, Education et Sociologie, 1922 *Comput : formule de calcul pour établir les dates des fêtes religieuses du calendrier chrétien

1) Illustrez la phrase de Durkheim « on peut dire qu’il y a autant de sortes d’éducation qu’il y a de milieux différents dans une société » à l’aide d’exemples que vous choisirez. 2) Quel autre nom donne-t-on dans le langage commun à la « base commune » dont parle Durkheim ?

Document 6 : Deux tiers d’ « héritiers politiques » Examinons comment se sont répartis les différents modes de filiation lors des élections législatives de 1997. Premier constat, ils révèlent une relative consistance de l’identification parentale dans l’histoire des familles. […] Près d’un Français sur deux (46%) reconnaît s’inscrire dans une continuité politique de gauche ou de droite par rapport à ses parents. Si l’on rajoute à ce chiffre les 20% d’individus qui se présentent dans une filiation apolitique, en reproduisant la même absence de choix que leurs parents, ce sont les deux tiers des Français qui peuvent être considérés comme des « héritiers politiques. » […] Du strict point de vue du repérage, les attaches familiales révèlent une efficacité toujours d’actualité. Seuls 11% des Français déclarent avoir changé radicalement d’orientation par rapport à leurs deux parents classés de façon homogène à droite ou à gauche […].

Anne Muxel, « Des choix politiques en héritage », in Familles, permanences et métamorphoses, Editions Sciences Humaines, 2002

1. Faites une phrase pour expliquer l’idée principale du texte. 2. Quel lien peut-on établir entre le constat d’Anne Muxel et la socialisation des enfants au sein de la famille ? 3. Expliquez pourquoi les sociologues qualifient la famille d’ « instance » ou d’ « agent de socialisation ». 4. En vous servant de l’exemple de la famille, expliquez à partir de vos connaissances personnelles pourquoi l’école est elle aussi qualifiée d’instance de socialisation.

Document 7 : L’entreprise [Dans ce texte ,le sociologue Philippe Bernoux fait état d’observations réalisées alors qu’il travaillait dans une usine de la région lyonnaise]

Or je constate rapidement que les Tunisiens, nouveaux dans l’univers industriel, calquent leur comportement sur celui du groupe paysan, plus proche de leur modèle d’origine. Mais rapidement leur choix est orienté, pour ceux qui en ont, par leur propre projet de mobilité. Je m’en aperçus de la manière suivante : un Tunisien du groupe travaille selon les normes du groupe « paysan » : il produit entièrement ses « minutes » quotidiennes, même davantage, et le fait aussi sur les machines les plus difficiles […]. Dans le même temps, il affirme que son projet est de rentrer en Tunisie dans 2 ou 3 ans, car, avec l’argent gagné en France, la vie « c’est plus agréable en Tunisie » et son père, artisan, lui trouvera du travail, et puis il ne se plaît pas ici : « à Lyon, ils sont tous racistes… ». Progressivement son attitude se met à changer, il adopte le comportement au travail de ses camarades du groupe ouvrier, léger freinage, attitude critique sur le fonctionnement de l’atelier, etc. Or, dans cette nouvelle période, il change radicalement de projet : chez Berlier « c’est mieux », on gagne plus qu’en Tunisie : un jour je le surprends à lire, en cachette du contremaître, un livre de technique de mécanique. Etonnement de ma part : il me répond que maintenant, il prépare le P1, examen particulier à l’entreprise qui permet de passer professionnel. Il va le présenter le plus tôt possible. Autrement dit, l’attitude au travail est dictée non par l’origine ethnique, mais par le projet professionnel dans l’organisation. L’observation plus attentive du groupe des autres Tunisiens, puis de celui des « paysans » et des « ouvriers », confirme largement ce point de vue. Le choix d’un modèle de comportement ne se fait pas à partir du critère ethnique, mais à partir du choix individuel d’orientation dans l’organisation.

Philippe Bernoux, Un travail à soi, Privat, 1981

1) Le comportement des ouvriers tunisiens est-il déterminé par leur origine ethnique ? 2) Les valeurs véhiculées par le groupe de travail « ouvrier » peuvent-elles être en contradiction avec ce qui a été appris dans leur famille d’origine ? Donnez des exemples. 3) Citez d’autres exemples où le comportement des acteurs sociaux n’est pas le produit mécanique de règles issues de la socialisation primaire, mais se modifie au contraire en fonction de l’environnement.

Document 8 : Ecole et reproduction sociale Les étudiants des basses classes tiennent ce qu’ils font pour un simple produit de ce qu’ils sont et ont le pressentiment obscur que leur destin social ne fait que renforcer les chances de l’échec. L’échec scolaire n’est pas perçu comme lié à une certaine situation sociale, par exemple à l’atmosphère intellectuelle du milieu familial, à la structure de la langue qu’on y parle, ou à l’attitude à l’égard de l’école et de la culture qu’il encourage, mais il est naturellement imputé au défaut de dons. Quand une mère d’élève dit de son fils, et souvent devant lui, qu’il n’est pas « bon en français », elle se fait complice de trois ordres d’influence défavorables : en premier lieu, ignorant que les résultats de son fils sont directement fonction de l’atmosphère culturelle de la famille, elle transforme en destin individuel ce qui n’est que le produit d’une éducation qui peut être corrigé, au moins partiellement, par une action éducative. En second lieu, faute d’informations sur les choses de l’école, faute parfois d’avoir rien à opposer à l’autorité des maîtres. Enfin, en donnant sa sanction à ce type de jugement, elle renforce l’enfant dans le sentiment d’être tel ou tel par nature.

Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les héritiers, Editions de minuit, Paris, 1964

1. A quoi est dû l’échec scolaire selon les auteurs ? 2. Quelle est l’influence de l’appartenance de classe sur les résultats scolaires ? Par quels mécanismes s’exerce cette influence ? 3. Après avoir cherché et recopié la définition de reproduction sociale de votre manuel, commentez la proposition suivante : « le système scolaire favorise la reproduction sociale ». 4. Une question sur P. Bourdieu et son paradigme théorique

Synthèse chapitre 4 : La socialisation

Complétez la synthèse à trous suivante :

Les dimensions de la socialisation peuvent être résumées comme suit :

- c’est un processus d’apprentissage de __________ et _________ propres à une société ou un groupe social donnés.
- cet apprentissage peut prendre la forme d’une ___________ ou peut résulter des ______________ avec le milieu social environnant.
- les normes et valeurs sont _________ par les individus et __________ en partie leurs comportements sociaux.
- il est différencié dans le temps et l’espace : selon l’___________, la _________, le _______ _________ auquel on appartient, les expériences de socialisation diffèrent fortement.
- il est ___________ : il se fait tout au long de la vie d’un individu. En ce sens on peut dire que la socialisation d’un individu n’est jamais totalement ___________.
- il n’est pas _________ comme le montrent la possibilité d’expériences de socialisation ____________ entraînant pafois des difficultés pour structurer son ____________ individuelle.
- il peut se traduire par une ____________ du système social.



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Sciences Economiques et Sociales — Responsable de publication : Mme Corinne Martin
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